Antoine Meillet Bibliography Maker

1. INTRODUCTION

1

En revenant en 1928, dans l’avant-propos à la seconde édition des Langues dans l’Europe nouvelle, sur les dix années qui venaient de s’écouler depuis la première parution de 1918, A. Meillet (1866-1936) ne pouvait que constater l’avènement d’un monde nouveau :

2

Depuis que ce livre a paru pour la première fois, la face politique de l’Europe a changé. Un empire a disparu. Plusieurs États ont été créés. De nombreuses frontières ont été déplacées. La Russie a subi une révolution. (Meillet, 1928a : ix)

3

Entre 1918 et 1928, il est vrai, la physionomie du continent européen avait radicalement changé [1][1] Cf. Fromkin (2004 : 14-15). : les frontières anciennes avaient disparu, des noms nouveaux couvraient les cartes sur les bureaux des chancelleries et des missions diplomatiques, l’Europe avait vécu une révolution cartographique. Comme le rappelait A. Meillet (1928a : ix), si « [l’]Europe occidentale s’[était] peu modifiée », l’Est et le centre du continent avaient été, eux, transformés en profondeur suite à la « dissolution de l’empire austro-hongrois, [à] la défaite de l’Allemagne [et à] la révolution russe » qui avaient permis la création, entre autres, de la Pologne, des États baltes, de l’Albanie ou du Royaume des Serbes, Croates et Slovènes.

4

Au sortir de la guerre, l’Europe était en pièces et il avait fallu tout reconstruire. La Grande Guerre avait, en effet, dévasté le continent tant physiquement que politiquement : des territoires n’appartenaient à plus personne ou avaientchangé de propriétaire, des frontières avaient perdu leur pertinence d’antan, et des populations et des terres se retrouvaient hors de toute structure politique. L’armistice du 11 novembre avait ainsi ouvert pour le vieux continent une ère de reconstructions que les conférences de paix de 1919-1920 avaient charge d’achever et d’officialiser : redessiner de nouvelles frontières pour créer de nouveaux pays, bref, ériger une Europe Nouvelle, pour reprendre le titre d’une revue de l’époque et d’un célèbre livre d’A. Meillet.

5

Mais avant ces conférences de paix, alors même que le conflit n’était pas encore terminé, il y avait eu de nombreuses discussions pour savoir à quoi ressemblerait « le tracé des frontières futures » (Montandon, 1915 : 8). L’Europe bruissait, dans les revues, les journaux ou sur la place publique, mais aussi à un niveau plus officiel : dès 1917, en effet, certains gouvernements (dont la France et les États-Unis) avaient mis sur pied des groupes d’experts chargés de préparer, à l’aide d’études et de rapports, les négociations futures [2][2] Cf. Kitsikis (1972 : 11-31).. À propos de ces discussions, il convient d’en préciser certains contours, puisque cela aura son importance pour la suite de ces propos. Dans les nombreux textes, livres, brochures ou mémoires proposant diverses pistes pour le nouveau visage de l’Europe, on constate la volonté de trouver une solution naturelle et scientifique[3][3] Sur cette recherche de naturalité et de scientificité,.... Cela s’explique par le contexte particulier de ces années-là. Avant la guerre, le continent européen était, aux yeux de pratiquement tous, le guide du monde, l’« axe éternel de l’univers » (Zweig, 1944 : 221), tant sur les plans financier, commercial, intellectuel que politique. L’Europe, c’était aussi le berceau de l’humanisme et des Lumières, le siège de la raison et de la rationalité. Dans ces conditions, la guerre de 14-18 était apparue comme un retour en arrière, comme une déchéance (Guiffan, 1995 : 66). Et c’est « cette crise de la civilisation européenne » (Fromkin, 2004 : 14), ce sentiment de quasi fin de règne, qui a motivé les désirs de naturalité et de scientificité. Le but à atteindre, c’était une « paix scientifique » (Gelfand, 1963 : 16). Quand on aura reconstruit l’Europe en se fiant à la nature et à la science – cette « recherche de la vérité » (Poincaré, 1915 : 8) –, alors l’Europe sera telle qu’elle doit être et, par conséquent, cette Europe naturelle et scientifique sera le gage d’un avenir radieux et d’une paix quasi éternelle [4][4] Cf. le titre de Montandon (1915), mais aussi Meillet..., puisque, d’une certaine manière, chacun, chaque peuple, chaque nationalité, chaque État, sera à sa place. C’est dans ce contexte particulier que l’historien L. Eisenmann (1869-1937) appellera de ses vœux, en 1917, le retour de l’Allemagne dans « ses limites naturelles et légitimes » (Eisenmann, 1917 : 453).

6

A. Meillet prit part à ces séries de discussions en écrivant quelques articles dans lesquels le linguiste qu’il était donna son avis quant à la façon de redessiner les frontières et les États de la nouvelle Europe. Parmi ces écrits de circonstances (dont le plus connu demeure son ouvrage sur les Langues dans l’Europe nouvelle),on en trouve de plus officiels que d’autres puisque certains ont été écrits à la demande de la France dans le cadre du groupe d’experts mis sur pied par le gouvernement [5][5] Il s’agit de Meillet (1919b, 1919c). Sur le groupe.... Mais, dans leur grande majorité, ces articles parurent dans des revues scientifiques ou de vulgarisation.

7

On ne s’étonnera pas de voir A. Meillet quitter quelque peu ses recherches linguistiques pour s’intéresser au monde qui l’entourait, car il n’était pas un linguiste hors de son temps. Comme le raconte le journaliste F. Lefèvre (1889- 1949) qui le rencontre pour une interview à la fin de 1924, A. Meillet n’était pas « un vieux monsieur tout habité d’étranges manies et de tics, protégeant, d’une antique calotte de velours, un chef dénudé et vivant au milieu de la poussière d’innombrables in-folio » (Lefèvre, 1925 : 31). Au contraire, A. Meillet quittait régulièrement son cabinet et s’intéressait à son époque. Il lisait la Nouvelle Revue Française, la Revue musicale, les Nouvelles littéraires ou l’Europe nouvelle. Bref, « rien de ce qui [était] moderne ne lui [était] étranger » (Ibid.). Cet intérêt d’A. Meillet pour son époque figura aussi dans la plupart des nécrologies qui lui furent consacrées, où on rappelait sa passion pour la musique et les beaux-arts, ainsi que sa curiosité universelle [6][6] Cf. entre autres Vendryes (1937 : 8) et Boyer (1936 :... qui l’emmenait bien au-delà de la linguistique, jusque vers l’économie et la finance disait-on [7][7] Cf. Merlin (1952 : 582).. On rappellera aussi qu’A. Meillet tint un journal entre 1896 et 1907 dans lequel il commentait l’actualité [8][8] Cf. Bergounioux & de Lamberterie (2006 : 21-86).. De plus, A. Meillet avait écrit, dans l’avant-propos à la première édition des Langues dans l’Europe nouvelle (1918a : 7), que les savants devaient aussi savoir quitter leurs études pour des activités plus séculières : si « le rôle du savant n’est pas de mener », il doit néanmoins, fort de ses connaissances et de son savoir, « éclairer ceux qui ont la charge d’agir ». Et c’est bien ce qu’il fit, pensons-nous, en écrivant les articles de circonstance que nous avons évoqués précédemment. Il convient de dire aussi que, dans ces textes où A. Meillet devient en quelque sorte un expert de géopolitique, le linguiste n’est jamais loin ; en effet, comme nous le verrons, c’est toujours en linguiste qu’A. Meillet analysera une situation donnée.

8

Nous avons eu ailleurs [9][9] Cf. Moret (2003). l’occasion de présenter les idées géopolitiques d’A. Meillet relatives à divers territoires de l’Europe centrale et orientale. Dans le cadre de cet article, nous proposerons une analyse non plus géographique mais thématique : au centre de ces propos, il y aura les idées d’A. Meillet concernant le futur des empires qui, jusqu’en 1914, couvraient une partie du continent européen. Nous verrons qu’A. Meillet aura des arguments linguistiques pour justifier la dislocation ou la persistance de ces empires. Gardons à l’esprit que le choix de conserver ou de démanteler un empire ne proviendra pas de l’analyse linguistique faite par A. Meillet ; au contraire, le choix était fait d’avance (suivantles affinités personnelles ou le contexte politique) et les arguments linguistiques ne seront là que pour servir de caution scientifique. On ne s’étonnera donc pas quand on verra A. Meillet souhaiter la disparition de l’Autriche-Hongrie ennemie de la France.

9

Les idées linguistiques mises en avant par A. Meillet pour justifier ses propos renverront toutes au XIXe siècle romantique et aux débuts de la linguistique historique et de la grammaire comparée ; il sera question du lien essentiel et naturel entre langue et nation ainsi que des langues et des nations considérées comme des entités discontinues et homogènes. On devra donc en conclusion tenter d’expliquer la présence de ces idées quelque peu dépassées au début du XXe siècle chez un linguiste qui passait pour être parmi les plus compétents de son époque [10][10] Cf. les nécrologies de Vendryes (1937) et Boyer (1....

10

Pour cette recherche, nous nous sommes basé sur la bibliographie d’A. Meillet mise à jour en 2006 par J. Loicq et qui permit de redécouvrir un nombre important d’articles d’A. Meillet, dont plusieurs intéressent notre problématique. Notre corpus contient donc des articles d’A. Meillet encore très peu exploités.

2. LA FIN DE L’EUROPE IMPÉRIALE

11

C’est paraphrasant Caton – Austria delenda est ! – que le slaviste E. Denis (1849- 1921) appelait dès 1915 à la dissolution de l’empire austro-hongrois. Avec cette idée, il était dans le ton du moment. Au nom du principe wilsonien, l’autodétermination des peuples devait désormais l’emporter sur l’asservissement des nationalités et la légitimité dynastique. Les empires multinationaux n’avaient donc plus leur place dans l’Europe démocratique qui s’annonçait. Sous ce rapport, A. Meillet était aussi un homme de son temps, lui qui affirmait que « [l]e caractère de l’Europe moderne [était] d’être essentiellement démocratique » (1928b : 23) et que « c’[était] le droit des populations à réclamer le Gouvernement qu’elles désir[aient] qui [devait] dominer » [11][11] Ces propos de Meillet sont tirés de son intervention.... Pour lui aussi donc, comme nous le verrons, les empires étaient des vestiges du passé dont il fallait se débarrasser. Si les arguments d’E. Denis pour souhaiter la fin de l’Autriche-Hongrie renvoyaient à la façon indigne dont la double monarchie traitait ses minorités nationales, ceux d’A. Meillet pour justifier la disparition des empires de la carte de l’Europe auront à voir avec la structure linguistique de ces derniers.

12

Notre point de départ sera l’article publié par A. Meillet en 1918 dans la revue italienne Scientia et intitulé « La situation linguistique en Russie et en Autriche-Hongrie » (Meillet 1918b). De prime abord, cet article semble être uneprésentation des plus neutres de la situation linguistique des deux pays ; mais, en y regardant de plus près, on constatera que c’est à une véritable analyse des frontières qu’A. Meillet va se consacrer. Avant de commencer son analyse, il avertit son lecteur que « la situation des deux empires [va différer] du tout au tout » (op. cit. : 209).

13

Le premier empire à être analysé sera l’empire russe. De la page 209 à la page 211, A. Meillet va énumérer les différentes langues parlées à l’intérieur des frontières de l’empire russe. Ce qui l’intéressera en premier lieu, ce seront les langues autres que le russe. Il est ainsi question, entre autres, du finnois, du polonais, de certaines langues caucasiennes comme le géorgien ou le laze, du lituanien ou du yiddish. Ces langues sont nombreuses mais, ce que relèvera A. Meillet, c’est avant tout leur situation : toutes ces langues sont parlées essentiellement aux limites du territoire :

14

En Russie, on rencontre des populations de langues diverses. Mais ces populations occupent pour la plupart les confins de l’empire... (Meillet, 1918b : 209)

15

Pour le reste, A. Meillet mettra en avant le fait que, entre ces langues périphériques, « les individus de langue russe forment une masse compacte, d’une rare unité » (Ibid.) ; il en précise grossièrement les limites :

16

Mais de l’Océan Glacial à la Mer Noire, de la rive droite du Bug à la Volga, et en partie à l’Est de la Volga, il y a une masse compacte de populations dont le russe est la langue. (op. cit. : 211)

17

Le domaine d’extension du russe forme ainsi pour A. Meillet une « masse compacte ». Pour le savant, c’est là sa caractéristique principale, qu’il n’aura de cesse de répéter plusieurs fois. Ainsi, un peu plus loin :

18

Le domaine linguistique grand-russe [russe – SM] est d’une extraordinaire unité : les individus parlant grand-russe s’entendent sans difficulté, de l’extrême nord à l’extrême sud, de l’extrême est à l’extrême ouest. (op. cit. : 212)

19

Cette unité « extraordinaire » du domaine russe n’est donc pas brisée par les autres langues parlées dans l’empire puisque la plupart de ces autres langues ne sont parlées qu’aux confins du territoire ; quant à celles parlées plus à l’intérieur de l’empire (car il y en a), elles ne sont, pour A. Meillet, que quantité négligeable. Certaines de ces langues ne sont qu’éparpillement, comme les langue du Caucase dont aucune « n’occupe une aire continue » (op. cit. : 210), « les colonies allemandes disséminées dans le bassin de la Volga » [12][12] Meillet (1918b : 211), nous soulignons. ou encore certaines langues du bassin de la Volga et de l’Oural dont les locuteurs sont « mêlés aux populations russes » (op. cit. : 211) ; d’autres n’ont aucun intérêt comme les langues de « Sibérie et [de] Transcaspie [...] dont presque aucune n’a de valeur de civilisation » (op. cit. : 210-211) ; enfin, il y a celles qui disparaissent sous le poids de la pression russe : les langues des « Mordves, Tchérémisses, Votiaks » (Ibid.).

20

À la suite de cette description linguistique, on constate que, mis à part les limites de l’empire et quelques poches insignifiantes aux limites floues éparpillées ici et là, « dans tout ce vaste domaine, le russe est la seule langue de civilisation de l’immense majorité, et souvent de l’unanimité, de la population »(Ibid.). C’est cette unité que forment les territoires sur lesquels on parle le russe qui va servir à A. Meillet à justifier l’existence même de l’empire russe, puisque, dans le cas de ce dernier, les frontières linguistiques du russe correspondent (à peu près) avec les frontières politiques :

22

Et cette constatation va amener A. Meillet à tirer une importante conclusion d’ordre politique :

23

La langue désigne la Russie pour former un État un, plus même que l’Allemagne, la France ou l’Italie. (op. cit. : 213)

24

On le voit, A. Meillet est totalement dans une vision identifiant langue et nation qui lui permet d’affirmer le droit à l’existence de l’État russe. L’analyse qu’il donnera ensuite de l’Autriche-Hongrie confirmera cela (puisqu’il va reprocher aux frontières politiques de la double monarchie de briser les frontières linguistiques) et apportera une information supplémentaire : langue et nation sont non seulement liées mais forment en plus une unité naturelle.

25

L’Autriche-Hongrie telle qu’elle existait au déclenchement des hostilités en 1914 est l’exemple typique d’un empire multinational. À côté des deux nationalités dominantes, les Autrichiens et les Magyars, cohabitaient, avec des droits plus ou moins inexistants selon les époques, diverses autres nationalités, essentiellement slaves. Ainsi, en étant un empire multinational, l’Autriche-Hongrie était aussi un empire multilingue sans aucune cohérence linguistique. En Hongrie vivent des Roumains qui parlent la même langue que les Roumains du Royaume de Roumanie indépendant ; quant aux Serbes d’Autriche, ils ont la même langue que les Croates intégrés au Royaume de Hongrie [14][14] Meillet (1918b : 213).. A. Meillet mentionne encore les Tchèques et les Slovaques, réunis par une langue commune, mais séparés politiquement entre l’Autriche pour les premiers, et la Hongrie pour les seconds. Pour A. Meillet, cette situation n’est pas admissible car, dans son esprit, les frontières linguistiques seraient comme des frontières naturelles qui, dans le contexte de recherche de naturalité que nous avons évoqué pour caractériser cette époque, devraient équivaloir à des frontières politiques. C’est ainsi que l’on peut lire à propos de la situation en Hongrie :

26

Tout le reste de la population souffre d’avoir pour langue de civilisation un idiome (le hongrois – SM) qui l’isole des groupes naturels auxquels se rattachent les autres nations du royaume. (Meillet, 1918b : 213 ; nous soulignons)

27

Plus loin, il sera question des « Slovaques, Croates et Roumains » qui sont séparés des « groupes auxquels ils appartiennent naturellement » (op. cit. : 214). Les mots choisis ne sont pas innocents : A. Meillet parle de souffrance quand est brisé le lien naturel qui unit une communauté linguistique. Tout aussi significatifs seront les mots employés par A. Meillet pour caractériser les frontières austro-hongroises. Pour lui, les limites de la double monarchie sont « artificielles » (Ibid.)[15][15] Le caractère artificiel de l’Autriche-Hongrie était... et « arbitraires » (op. cit. : 216), puisqu’elles englobent des populations réunies « par le hasard » et « ne concordent avec aucune frontière linguistique » (Ibid.). Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner, nous dit A. Meillet dans un article du Bulletin de l’Alliance française, si l’Autriche-Hongrie n’a jamais réussi à gérer ses nationalités :

28

Le nouvel empereur d’Autriche, Charles Ier, a essayé de convoquer le parlement impérial, le Reichsrat, et de former un ministère qui exprimerait l’accord des nationalités. Le parlement réuni a constaté le désaccord entre les Allemands et les nations slaves, et le ministère projeté n’a pu se constituer ; il a fallu revenir à un ministère de fonctionnaires, c’est-à-dire au gouvernement personnel de l’empereur. Tous les autres pays en guerre peuvent avoir des gouvernements parlementaires ou acceptés par le parlement : l’Autriche ne le peut pas. (Meillet, 1917a : 188)

29

Si la double monarchie ne pourra jamais résoudre le problème de ses nationalités soumises, c’est parce qu’elle est « le seul grand État de l’Europe qui ne repose sur aucune nation » (Meillet, 1917a : 188). Au contraire, elle englobe arbitrairement, nous l’avons vu, des nationalités qui aspirent naturellement à l’indépendance et à l’unité nationale. Ainsi, les Tchéco-Slovaques, qui forment un groupe linguistique indépendant, « aspirent à former un État un » (1918b : 215). De même, les Polonais, dont l’« unité nationale a été brisée par la force » (1918c : 37) lors du premier partage de la Pologne en 1772 entre l’Autriche, l’Allemagne et la Russie, ne seront satisfaits que lorsque la Pologne aura été restaurée « dans son unité » (1918b : 215). Enfin, il y a aussi « les Slaves du Sud [qui] sont unis par la communauté de langue [et qui] aspirent à former un État, une “Yougoslavie” » (1918d : 123). Parce qu’il englobe des nationalités « irréductibles » (1918b : 215) les unes aux autres, l’empire austro-hongrois ne pouvait qu’échouer dans ses tentatives de gérer ses nationalités. Pour A. Meillet, « [c]et échec est naturel [et] sort de l’état des choses » (1917a : 188) ; en allant contre les volontés de la nature, l’Autriche-Hongrie ne pouvait qu’être condamnée.

30

Pourtant, à la fin de cet article consacré à la « Situation linguistique en Russie et en Autriche-Hongrie », A. Meillet restera plutôt vague quant aux conclusionsà tirer de ces « deux situations [qui] ne sont en rien comparables » (1918b : 216) ; il se contentera de résumer ses propos :

31

[D]’un côté, une masse énorme ayant la plus forte unité possible et qui possède en propre l’une des grandes langues de civilisation de l’Europe, de l’autre des groupes réunis par le hasard, qui aspirent à se dissocier et dont la plupart se refusent à accepter pour langue officielle et pour langue de civilisation le magyar ou l’allemand que, depuis des siècles, on essaie de leur imposer par la ruse ou par la violence. (Meillet, 1918b : 216)

32

Mais, sur le même sujet, A. Meillet avait été beaucoup plus clair quant aux conséquences dans un de ses articles publiés anonymement dans le Bulletin de l’Alliance française. Dans cet article intitulé « L’empire austro-hongrois et les nationalités » (1917), le manque de naturalité, l’artificialité de la double monarchie va, cette fois, le conduire à appeler à son démantèlement :

33

[...] il y a donc en Autriche-Hongrie quatre types slaves distincts : tchéco-slovaque, polonais, petit russe [ukrainien – SM] et slave méridional (slovène et serbo-croate). Trois de ces quatre éléments se parlent à la fois dans l’empire austro-hongrois et hors de cet empire, et l’on ne peut constituer d’une manière normale les trois groupes, polonais, petit russe et serbo-croate, qu’en disloquant l’Autriche-Hongrie. [...] Tant que l’Autriche-Hongrie gardera ses limites actuelles, plus ou moins modifiées dans le détail, trois des quatre nations slaves qu’elle contient seront privées d’éléments qui leur sont essentiels. (Meillet, 1917a : 190 ; nous soulignons)

34

Là encore, certains mots ou expressions utilisés sont significatifs. Il s’agit pour A. Meillet de reconstituer une normalité, autrement dit de remettre les choses, et en l’occurrence les groupes slaves, à leur place. Le but est de reconstituer des entités, de rassembler des parties impensables séparément ; bref, de retrouver « l’état des choses » (op. cit. : 188). Cette volonté de retrouver l’ordre intrinsèque de la nature se trouvait déjà suggérée dans l’article de 1918 sur la « Situation linguistique en Russie et en Autriche-Hongrie », sous la forme d’une phrase pleine de conséquences cachées : « Mais les habiletés ne peuvent triompher de la nature des choses. » (1918b : 216). Autrement dit, les manigances de l’Autriche-Hongrie pour maintenir en état la double monarchie ne pourront rien contre la force de la Nature, bien décidée à imposer son ordre sur une partie de l’Europe totalement anarchique. Les locuteurs parlant une même langue finiront par être réunis au sein d’une nation naturelle qui sera l’expression des liens naturels qui unissent une communauté linguistique. Alors seulement, chaque nation pourra « se développer suivant ses affinités naturelles » (1917a : 191). Dans cet article, A. Meillet s’appuie sur des arguments d’ordre linguistique pour aboutir à des conclusions qui ne nous surprennent pas : ses sympathies sociales-démocrates lui faisaient considérer différemment l’empire russe révolutionnaire, d’un côté, et la monarchie austro-hongroise qui combattit contre la France, de l’autre.

35

Cette importance qu’A. Meillet semble accorder à la correspondance entre limites linguistiques, limites nationales et limites politiques apparaît dans d’autres contextes encore. Après les accords de Brest-Litovsk (mars 1918) qui scellaient la paix entre le bloc allemand et la Russie révolutionnaire, et quiavaient privé cette dernière de nombreux territoires, l’Ukraine était devenue brièvement indépendante. À ce sujet, A. Meillet fit part, ironiquement, de son incompréhension :

36

Au nom du principe que les peuples ont le droit de disposer d’eux-mêmes, le pays que l’on nomme Petite-Russie, ou Ukraine, a été séparé de la Grande-Russie, ou Moscovie : on aura une idée du bien-fondé de cette séparation par le fait que le parler des Ukrainiens diffère moins de celui des Grands-Russes que le lorrain ne diffère du picard ou le gascon du provençal. (Meillet, 1918e : 50)

37

Parce que sa langue est très proche de celle de la Russie, l’Ukraine n’avait, dans l’esprit d’A. Meillet, aucune raison de devenir indépendante et de constituer une nation à part.

38

Sous un rapport inverse, quand il s’agira d’octroyer l’indépendance à la nation arménienne [16][16] Là encore, le contexte a son importance. Les massacres..., A. Meillet, en ayant recours aux mêmes arguments que précédemment, n’aura aucune difficulté à arracher à l’empire ottoman et à l’empire russe les terres arméniennes partagées entre les deux. C’est dans une conférence donnée le 17 février 1919 devant le Comité national d’études sociales et politiques que l’on trouve les arguments d’A. Meillet. Pour lui, si « rien ne s’oppose à ce que l’Arménie soit détachée de l’empire ottoman » (1919a : 3), c’est pour la raison suivante :

39

Du côté de l’empire ottoman, il n’y a pas de difficulté bien grave. [...] Il est entendu que la partie européenne de l’empire ottoman disparaît, elle a d’ailleurs disparu presque tout entière. Il est entendu que la partie arabe sera détachée. Il est entendu que les parties proprement grecques sont appelées à devenir grecques. Détacher de l’empire ottoman une autre partie qui appartient à une nation différente, c’est continuer à résoudre le problème ottoman. (Meillet, 1919a : 2)

40

Comme l’Autriche-Hongrie, la Sublime Porte n’est qu’un agglomérat d’éléments nationaux divers et multiples et, comme l’Autriche-Hongrie, son « maintien apparaît comme un défi permanent à la raison et au droit des peuples » (Le Rider, 1996 : 51). L’empire ottoman sous sa forme actuelle n’a plus d’avenir, et A. Meillet d’asséner qu’« on a le droit de disloquer l’empire ottoman » (1919a : 2) ! Mais, il ne s’agit nullement de le faire disparaître, puisqu’il existe « un noyau turc » (Ibid.), qui a droit à une existence nationale, même s’il faudra continuer à s’en méfier pour éviter le problème du panturquisme. En effet, les langues turkes sont nombreuses dans la région, et tous ces turkophones « sentent aujourd’hui qu’ils forment un groupe parfaitement un » et il y a « un grand mouvement d’unité chez les Tur[k]s » (Ibid.).

41

Voyons maintenant comment A. Meillet va justifier le fait de détacher « les éléments arméniens de l’ancien empire russe » (op. cit. : 3) alors que, nous l’avons vu, pour lui, l’empire russe formait une « rare unité » (1918b : 209). A. Meilletva revenir ici sur une des particularités de la situation linguistique de l’empire russe, à savoir que les langues autres que le russe étaient presque essentiellement parlées aux confins du territoire. Selon lui, le fait de retirer à l’empire russe les terres arméniennes n’aura rien d’une dislocation de la Russie et ne devra aucunement être considéré comme un acte « contre la Russie » (1919a : 3). Les « ambitions du tsarisme » et sa politique conquérante ont « étendu la Russie au-delà de ses limites naturelles » puisque des terres non russes ont été intégrées à l’empire. On ne doit donc pas « confondre la nation russe » avec ces territoires allophones (Ibid.). Par conséquent, séparer de la Russie les territoires arméniens ne brisera en rien la naturalité de l’empire russe :

42

On ne peut pas dire qu’en séparant les provinces arméniennes de l’empire russe on cause à la Russie un dommage réel, qu’on lui enlève rien d’essentiel. (Meillet, 1919a : 3)

43

On le voit, on retrouve dans ces propos sur le rapport entre la Russie et ses provinces arméniennes les mêmes termes que nous avions relevés à propos de l’Autriche-Hongrie : il est question de naturalité et d’essentialisme.

44

La langue est donc un point essentiel pour déterminer les nations et pour créer de nouveaux États naturels et légitimes ou en supprimer d’autres. Les limites linguistiques sont ainsi considérées comme pertinentes et doivent donc être suivies et respectées. On peut dire, d’une certaine manière, que, pour A. Meillet, une unité linguistique appelle une unité nationale et politique. C’est pour cela qu’il souhaite, nous l’avons vu avec plusieurs exemples, la réunion des membra disjecta de certaines communautés linguistiques. Il démontre ici une vision claire du rapport romantique entre langue et nation. Il partage aussi, à un certain degré, les vues sur les limites linguistiques de ses prédécesseurs du XIXe siècle, les linguistes naturalistes disciples d’A. Schleicher. Convaincus que les langues peuvent se ranger, comme les êtres vivants, sous la forme d’un arbre généalogique, ces linguistes étaient d’avis, à partir de là, que chaque langue se trouvait délimitée au bout de sa branche et que les contacts avec les branches voisines n’étaient pas envisageables. On comprend donc bien, dans ces conditions, deux choses : i) qu’il n’y ait plus de place sur la carte de l’Europe pour les anciens empires multinationaux, la Russie faisant exception pour les raisons que nous avons évoquées précédemment ; ii) qu’A. Meillet s’appuie sur l’existence de limites linguistiques pour redessiner la carte de l’Europe nouvelle.

3. CONCLUSION : DOUBLE SYSTÈME ET LINGUISTIQUE DE GUERRE

45

Les idées linguistiques d’A. Meillet que nous avons fait ressortir de notre analyse de ses articles dans lesquels il s’intéresse au futur de l’Europe nous obligent à nous poser un certain nombre de questions. Comment expliquer la présence, dans des articles signés par l’un des plus grands linguistes du XXe siècle, d’idéesrenvoyant à la linguistique romantique et aux débuts du comparatisme indo-européen ? Comment expliquer qu’A. Meillet s’appuie sur les limites linguistiques alors que la géographie linguistique venait récemment de montrer qu’il n’y avait de limites que pour des faits isolés, et H. Schuchardt (1842-1927) de développer la notion de Sprachmischung soutenant l’existence de contacts entre les langues ? Pourquoi A. Meillet soutient-il le rapport essentiel et naturel entre langue et nation, alors que M. Bréal (1891) et d’autres l’avaient rejeté dès la fin du siècle précédent au profit des nouvelles théories sociolinguistiques qui avaient fait de la langue un fait social ? Cela doit nous interpeller d’autant plus que l’on trouve chez A. Meillet des propos plus en accord avec la linguistique de son temps. Ainsi pouvait-il écrire également qu’« une linguistique exacte ne connaît que des limites particulières à chacun des faits qui caractérisent les dialectes » (1917b : 398) et que « [b]ien des discussions qui se sont élevées sur les limites de telle ou telle langue sont vaines » (1918a : 166). Et A. Meillet avait lui aussi rejeté dans des textes les théories romantiques : « [d]ans les théories issues du romantisme allemand, il n’y avait à vrai dire, à côté d’éclairs qui jetaient un jour brusque sur des faits essentiels, bien des nuages obscurs », au point que « la partie “romantique” de l’œuvre de Bopp est caduque » (1923 : 153-154). Pour répondre à ces questions et à ces contradictions, nous poserons l’existence, chez A. Meillet, d’un double système [17][17] C’est Caussat, dans son article sur « Langue et nation ».... En d’autres termes, nous pensons que le Meillet des textes « politiques » écrits pendant et après la guerre dans le but de proposer des solutions pour le réaménagement de l’Europe n’avait pas tout à fait les mêmes idées que le Meillet que nous appellerons « savant ». Il reste à se demander pourquoi.

46

Depuis quelques années, les historiens spécialistes de la Première guerre mondiale étudient ce conflit à la lumière de la notion de culture de guerre. Désormais, la guerre n’est plus uniquement un phénomène diplomatique et militaire, elle a aussi influé sur ceux qui l’ont vécue et a provoqué un « ensemble de représentations, d’attitudes, de pratiques, de productions littéraires et artistiques qui a servi de cadre à l’investissement des populations européennes dans le conflit » (Audoin-Rouzeau, 1995 : 10). Étudier cette culture de guerre revient donc à étudier « l’ensemble des formes discursives au travers desquelles les contemporains ont compris le monde dans lequel ils vivaient » (Prost & Winter, 2004 : 217). De notre point de vue, cette culture de guerre eut aussi une composante linguistique ; autrement dit, une partie de la production linguistique de ces années-là ne peut se concevoir hors contexte. C’est par cette influence de la guerre que nous expliquerons le recours par A. Meillet à la linguistique romantique et naturaliste.

47

Il y a quelques années, E. Boulineau (2001) s’était intéressée à la participation du géographe E. de Martonne (1873-1955) aux discussions relatives au futur ducontinent européen. Elle avait été amenée à constater qu’E. de Martonne s’était le plus souvent basé sur l’idée de régions élaborée par le grand géographe Vidal de la Blache (1845-1918), pour qui les régions géographiques, révélées à partir de critères de géographie physique et humaine, formaient des identités closes et clairement délimitées. À leur propos, voilà ce qu’écrit le géographe Y. Lacoste :

48

[L]a région « vidalienne », imaginée comme le fruit d’une subtile et lente combinaison des forces de la Nature et du Passé, présentée comme l’expression d’unepermanence, d’une authenticité, est sans doute pour la plupart des gens un moyen de « s’y retrouver » parmi l’embrouillement d’autres organisations spatiales de plus ou moins grande envergure. (Lacoste, 1985 : 48)

49

Nous sommes, avec A. Meillet, dans le même cas de figure. Pour lui aussi, il s’agissait de retrouver une permanence et une authenticité, de se retrouver dans le chaos. La nécessité de proposer pour l’Europe une solution pratique et durable a très certainement amené le linguiste qu’il était à privilégier, peut-être inconsciemment, des théories linguistiques certes dépassées, mais qui avaient l’avantage de considérer langues et nations comme « des objets non seulement naturels, mais encore strictement discontinus et homogènes, au point que savoir reconnaître les limites d’une langue équivalait à tracer les frontières de la nation correspondante » (Sériot, 1996 : 277) [18][18] À cette époque et dans le même contexte, Meillet ne.... De telles théories répondaient au besoin de faire éclore une Europe nouvelle où chaque nation aurait été à sa place, dans ses limites naturelles. Demandons-nous, enfin, si les conceptions romantiques en général ne réapparaîtraient pas, encore une fois inconsciemment ou non, dans des contextes difficiles et troublés, parce qu’elles porteraient en elles l’image d’un monde ordonné et apaisant [19][19] Cette idée nous est venue après la lecture du livre....

Paul Jules Antoine Meillet (French: [ɑ̃twan meje]; 11 November 1866, Moulins, France – 21 September 1936, Châteaumeillant, France) was one of the most important French linguists of the early 20th century. He began his studies at the Paris-Sorbonne University, where he was influenced by Michel Bréal, Ferdinand de Saussure and the members of the L'Année Sociologique. In 1890, he was part of a research trip to the Caucasus, where he studied the Armenian language. After his return, de Saussure had gone back to Geneva so he continued the series of lectures on comparative linguistics that the Swiss linguist had given.

Meillet completed his doctorate, Research on the Use of the Genitive-Accusative in Old Slavonic, in 1897. In 1902, he took a chair in Armenian at the Institut national des langues et civilisations orientales and took under his wing Hrachia Adjarian, who would become the founder of modern Armenian dialectology. In 1905, he was elected to the Collège de France, where he taught on the history and structure of Indo-European languages. One of his most famous quotes is "anyone wishing to hear how Indo-Europeans spoke should come and listen to a Lithuanian peasant". He worked closely with linguists Paul Pelliot and Robert Gauthiot.

Today Meillet is remembered as the mentor of an entire generation of linguists and philologists, who would become central to French linguistics in the twentieth century, such as Émile Benveniste, Georges Dumézil, and André Martinet.

In 1921, with the help of linguists Paul Boyer and André Mazon (fr), he founded the Revue des études slaves (fr)

Homeric studies[edit]

At the Sorbonne, from 1924, Meillet supervised Milman Parry. In 1923, a year before Parry began his studies with Meillet, the atter wrote the following (which, in the first of his two French theses, Parry quotes):

Homeric epic is entirely composed of formulae handed down from poet to poet. An examination of any passage will quickly reveal that it is made up of lines and fragments of lines which are reproduced word for word in one or several other passages. Even those lines of which the parts happen not to recur in any other passage have the same formulaic character, and it is doubtless pure chance that they are not attested elsewhere.[1]

Meillet offered the opinion that oral-formulaic composition might be a distinctive feature of orally transmitted epics (which the Iliad was said to be). He suggested to Parry that he observe the mechanics of a living oral tradition to confirm whether that suggestion was valid; he also introduced Parry to the Slovenian scholar Matija Murko, who had written extensively about the heroic epic tradition in Serbo-Croatian and particularly in Bosnia with the help of phonograph recordings.[2] From Parry's resulting research in Bosnia, the records of which are now housed at Harvard University, he and his student Albert Lord revolutionized Homeric scholarship.[3]

International languages[edit]

Meillet supported the use of an international auxiliary language. In his book La Ricerca della Lingua Perfetta nella Cultura Europea ("The Pursuit of the Perfect Language in the Culture of Europe"), Umberto Eco cites Meillet as saying, "Any kind of theoretical discussion is useless, Esperanto is functioning".[4] In addition, Meillet was a consultant with the International Auxiliary Language Association, which presented Interlingua in 1951.[5]

Works[edit]

  • 1902-05: Études sur l'étymologie et le vocabulaire du vieux slave. Paris, Bouillon.
  • 1903: Esquisse d'une grammaire comparée de l'arménien classique.
  • 1903: Introduction à l'étude comparative des langues indo-européennes.
  • 1908: Les dialectes indo-européens.
  • 1913: Aperçu d'une histoire de la langue grecque.
  • 1913: Altarmenisches Elementarbuch.
  • 1917: Caractères généraux des langues germaniques (rev. edn. 1949)
  • 1921: Linguistique historique et linguistique générale.
  • 1923: Les origines indo-européennes des mètres grecs.
  • 1924: Les langues du monde (co-editor with Marcel Cohen). (Collection linguistique, 16.) Paris: Champion. (2nd edn. 1952)
  • 1924: Le slave commun
  • 1928: Esquisse d'une histoire de la langue latine.
  • 1925: La méthode comparative en linguistique historique (The comparative method in historical linguistics translated by Gordon B. Ford, Jr., 1966)
  • 1932: Dictionnaire étymologique de la langue latine.

See also[edit]

References[edit]

  1. ^Meillet, Antoine (1923), Les origines indo-européennes des mètres grecs, Paris: Presses Universitaires de France , p. 61. Adam Parry's translation, revised.
  2. ^Lord, Albert Bates (1960), The singer of tales, Cambridge, Massachusetts: Harvard University Press , pp. 11-12; Dalby, Andrew (2006), Rediscovering Homer, New York, London: Norton, ISBN 0-393-05788-7 , pp. 186-187.
  3. ^Parry, Milman; Parry, Adam (editor) (1971), The making of Homeric verse. The collected papers of Milman Parry, Oxford: Clarendon Press 
  4. ^Nneer, Simajro (2006), "Umberto Eco diris ...", an article in Kontakto, a quarterly in Esperanto language, Nr. 213, p.14, Rotterdam: World Esperanto Association 
  5. ^Esterhill, Frank (2000), Interlingua Institute: A History, New York: Interlingua Institute.

External links[edit]

|

0 thoughts on “Antoine Meillet Bibliography Maker

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *